Évènements Évènement
LibelléElections en Hongrie, remportées par le Parti des Petits Propriétaires Indépendants, au détriment du Parti Communiste
Date (début)04/11/1945
SynopsisLa mise en place de la domination communiste

Dès l’automne de 1944, les Soviétiques, s’emparant de l’est et du nord-est de la Hongrie, s’emploient à y constituer un rassemblement politique antiallemand et antifasciste avec l’aide des personnalités de gauche et des généraux ayant déserté l’alliance allemande. Sous l’impulsion des communistes moscovites arrivés avec les troupes soviétiques et mandatés par le Kremlin, un Parlement provisoire est créé à Debrecen, qui désigne, le 21 décembre 1944, un gouvernement provisoire conformément à la liste arrêtée peu avant à Moscou par Molotov et ses collaborateurs. Ce gouvernement sera présidé par un partisan de l’amiral Horthy, le général Béla Miklós, militaire de carrière sans envergure et sans assise politique. Après la signature de l’armistice, le 20 janvier 1945 à Moscou, et à mesure que les troupes allemandes sont chassées du territoire hongrois, ce gouvernement provisoire commence à prendre forme; il s’installe dans la capitale et essaye de remettre en marche une administration décomposée par la fin de la guerre et l’occupation du pays. Au printemps de 1945, une réforme agraire de grande envergure est décidée et immédiatement mise en application en dépit des réserves des partis modérés. Le Parti communiste, considéré comme le porte-parole des forces d’occupation, s’installe un peu partout et s’assure surtout des postes clés dans la police et les forces armées.

Mais, de la volonté même des Soviétiques, le jeu politique garde encore certaines apparences d’ouverture. Les élections législatives du 4 novembre 1945 consacrent la victoire du parti modéré, celui des petits propriétaires indépendants , qui obtient 57% des suffrages. Sous la pression du maréchal Vorochilov, président omnipotent de la commission militaire alliée, un gouvernement de coalition sera constitué avec un communiste comme ministre de l’Intérieur. En février 1946, l’Assemblée nationale proclame la République et le chef de gouvernement, le pasteur Zoltán Tildy, est élu président de la République; il sera remplacé à la tête du gouvernement par l’homme fort du parti des petits propriétaires, Ferenc Nagy. À partir de cette date, la pression des communistes s’accentue avec, comme double but, de disloquer le parti majoritaire et de phagocyter les autres partis de gauche . C’est à cette époque que le leader tout-puissant du Parti communiste hongrois, Mátyás Rákosi, inaugure la tactique du salami consistant à neutraliser ou à chasser, les uns après les autres, les éléments les plus dynamiques du camp adverse, voire des partis alliés. La police politique – solidement tenue entre les mains du P.C. – découvre une conspiration politique et réclame, au début de 1947, la tête du secrétaire général chevronné du parti majoritaire, Béla Kovács; devant le refus réitéré de l’Assemblée nationale de le livrer à la police, ce dernier sera arrêté directement par les Soviétiques et emmené dans une prison de Russie (d’où il ne reviendra que huit ans plus tard!). C’est la panique totale dans les rangs des forces non communistes; des centaines d’hommes politiques prennent la fuite, et le chef du gouvernement, Ferenc Nágy, qui se trouve en voyage en Suisse, préfère lui-même ne plus rentrer une fois mis au courant – téléphoniquement, par Rákosi en personne – des graves présomptions pesant sur lui. Ses successeurs, Lajos Dinnyés, puis István Dobi, bien que choisis dans le parti ex-majoritaire, ne seront plus que de simples fantoches sans la moindre influence réelle. Le renouvellement anticipé de l’Assemblée nationale, le 31 août 1947, permettra au Parti communiste de devenir – avec 21,8% des suffrages acquis pour une partie frauduleusement – premier parti de la nation: toutes les autres forces politiques se trouvent, en effet, brisées. Ce qui subsiste des opposants sera muselé – pour ne pas dire liquidé – dans les mois suivants. En juin 1948, le Parti social-démocrate, purgé de ses éléments droitiers , décide de fusionner avec le Parti communiste dont il adopte le credo léniniste. Compromis dans une affaire montée de toutes pièces, le président de la République est acculé à la démission.

Haut de page
La soviétisation du régime

Les obstacles à la soviétisation pure et simple sont désormais levés et, en mai 1949, l’Assemblée nationale issue des dernières élections plus ou moins libres est remplacée par une pseudo-assemblée, élue à partir d’une liste unique établie par la direction du Parti communiste au nom d’un Front national fantomatique. Le 18 août 1949, cette assemblée va adopter une nouvelle constitution, calquée sur la Constitution soviétique de 1936, et la République – privée de pluralisme et de toute liberté d’expression – sera désormais appelée populaire . Entre-temps, les nationalisations intervenues entre 1945 et 1948 ont achevé de rendre l’économie hongroise perméable aux méthodes soviétiques de planification et de gestion centralisées. Dès 1949, la suppression de la petite propriété agricole – c’est-à-dire de la réforme agraire – est également inscrite au programme du régime; une collectivisation forcée s’ensuivra.

a soviétisation se manifeste aussi au sein du Parti communiste. Après l’emprisonnement des adversaires politiques et des chefs d’Église – notamment, au début de 1949, du cardinal Mindszenty –, à partir de mai 1949 vient le tour de l’ennemi intérieur. Un procès monstre est mis en scène, à Budapest, contre László Rajk, ex-ministre de l’Intérieur et rival potentiel de Mátyás Rákosi, accusé, tout communiste exemplaire qu’il soit, de connivence avec le régime yougoslave et l’impérialisme. Ce procès servira d’ailleurs de modèle à d’autres, tant en Hongrie que dans les pays voisins. À travers Rajk, le metteur en scène – Staline – vise d’une part toute velléité d’indépendance des partis communistes au pouvoir, d’autre part le révisionnisme yougoslave expulsé peu avant de la communauté des Partis communistes. Mais la condamnation à mort et l’exécution de Rajk (et de quelques autres dirigeants) ne sont que la partie visible d’un iceberg de persécutions: on estime, en effet, qu’au début des années cinquante près de 5% de la population hongroise a connu les prisons et les camps de concentration et des milliers de personnes y ont péri. Mátyás Rákosi (depuis 1952 à la fois chef du parti et chef du gouvernement) a su imposer à la Hongrie un régime authentiquement stalinien.

Cette première période du communisme triomphant apparaît rétrospectivement non seulement comme celle de la terreur intégrale mais aussi comme celle d’un gâchis non moins absolu. Destruction d’une agriculture florissante, projets d’industrialisation absurdes et coûteux, chute brutale du niveau de vie ont été les conséquences les plus visibles de la politique de cette période. Du côté de la population, le mécontentement a été d’autant plus vif que, jusqu’en 1949, le pays, rapidement remis des ruines de la guerre, semblait évoluer vers une certaine prospérité, modeste mais réelle.

Après la mort de Staline en 1953, un vent nouveau souffle à Budapest. Désavoué par les dirigeants soviétiques, héritiers de Staline, Rákosi doit se démettre de sa fonction de chef de gouvernement (qui sera confiée à un communiste plus modéré) tandis que la direction du parti est seulement remaniée. Investi le 4 juillet 1953, le nouveau chef de gouvernement, Imre Nagy, annonce immédiatement un nouveau cours plus humain, très en avance sur la déstalinisation soviétique: fermeture des camps d’internement, arrêt de la collectivisation de l’agriculture, abandon des projets d’industrialisation de prestige au profit de la production des biens de consommation, revitalisation de l’artisanat privé, respect de la légalité. Encouragés par la politique d’Imre Nagy, des écrivains font état des doléances de la population, la vie publique se dégèle. Mais Rákosi, toujours chef de parti, n’a pas abandonné la partie: il contrecarre les réformes gouvernementales et dresse l’appareil du parti contre Nagy. Au printemps de 1955, ce dernier sera relevé de toutes ses fonctions et remplacé à la tête du gouvernement par un jeune assistant de Rákosi, András Hegedüs.

Toutefois, après la réconciliation entre Belgrade et Moscou (mai 1955) et, surtout, après la dénonciation de Staline par Khrouchtchev (févr. 1956), des troubles apparaissent de nouveau en Hongrie. En juillet 1956, Mátyás Rákosi est contraint par les Soviétiques à donner sa démission, cette fois définitive; il est vrai que sa place sera occupée par un autre stalinien, Ernö Gerö. Ce changement est d’autant plus dérisoire qu’entre-temps Budapest est devenue le théâtre d’une effervescence intellectuelle de plus en plus ouvertement oppositionnelle. Celle-ci est attisée par le journal des écrivains ainsi que par les débats – publics – d’un club politique nouvellement surgi, le cercle Petöfi. L’opinion exige une déstalinisation réelle, voire un retour à la démocratie de l’après-guerre immédiat. Au début d’octobre, les funérailles officielles de Rajk – officiellement réhabilité – se transforment en une grandiose manifestation d’indignation silencieuse. Il ne faut plus qu’une étincelle pour que tout explose.


Aucun document référencé pour l’instant
Aucun livre référencé pour l’instant